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Ce qu’on sait Hormones

Cycle menstruel et entraînement : en moyenne, l'effet mesuré est minuscule

La plus grande synthèse disponible, 78 études et 1 193 participantes, trouve une baisse de performance de six centièmes d'écart-type en début de cycle. C'est un effet qualifié de trivial par ses propres auteurs, sur des données de faible qualité. Ce que cela change pour vous, et ce que cela ne dit pas.

Niveau de preuve

Fragile

Un faisceau cohérent, mais un maillon faible.

Taille d'effet−0,06 écart-type (IC 95 % : −0,16 à 0,04), effet trivial

On lit beaucoup de choses sur la façon d'accorder son entraînement à son cycle. Des programmes en quatre phases, des séances à privilégier, d'autres à éviter, parfois des applications entières bâties là-dessus.

Voici ce que mesurent les études qui ont posé la question.

Ce qui a été mesuré

La synthèse de référence rassemble 78 études portant au total sur 1 193 participantes ayant des cycles réguliers et sans contraception hormonale. Cinquante et une de ces études ont pu être combinées statistiquement.

Comparée à toutes les autres phases du cycle, la performance en phase folliculaire précoce, c'est-à-dire les premiers jours qui suivent le début des règles, est réduite de 0,06 écart-type, avec un intervalle allant de −0,16 à 0,04. Cet intervalle contient zéro : l'absence totale d'effet reste compatible avec les données.

Les auteurs qualifient eux-mêmes cet effet de trivial, et classent la qualité globale des preuves comme faible, 42 % des études incluses étant jugées de faible qualité.

Deux travaux ultérieurs vont dans le même sens sur des questions voisines. Une revue de synthèses portant spécifiquement sur la force conclut à l'absence d'influence de la phase du cycle, en relevant que 90 % des études les plus rigoureuses, celles qui vérifiaient l'ovulation par dosage hormonal, ne trouvaient aucune différence entre phases.

Une revue de 2025 n'a retenu que les 19 études ayant réellement dosé les trois hormones nécessaires pour situer la phase. Elle porte sur 279 participantes au total, avec une taille moyenne d'échantillon de 14 personnes. Parmi elles, 58 % rapportent un effet sur au moins une mesure, mais le sens et l'ampleur de cet effet varient d'une étude à l'autre, et le risque de biais est jugé moyen à élevé.

Ce que ça suggère

Un effet de 0,06 écart-type est plus petit que l'écart qui sépare ordinairement deux séances d'une même personne, à une semaine d'intervalle, sans que rien de particulier ne se soit passé. Autrement dit : indétectable à l'échelle d'un entraînement. Pour comprendre pourquoi ce chiffre est si parlant, voir la fiche taille d'effet.

La convergence des trois travaux est cohérente : il n'existe pas d'effet général du cycle assez marqué pour fonder une règle valable pour toutes. C'est sur ce point que les données sont les plus tranquilles.

Ce qu'elles ne disent pas est tout aussi important. Un effet moyen minuscule dans un groupe n'exclut pas qu'une personne en particulier ressente quelque chose de net. Les études mesurent des moyennes, pas des trajectoires individuelles, et les effectifs sont petits : quatorze participantes en moyenne dans les travaux les plus rigoureux, ce qui est très peu pour détecter des différences entre profils.

Il faut aussi distinguer performance et confort. Ces travaux mesurent des puissances, des forces, des temps. Ils ne mesurent pas la douleur, le sommeil ou l'envie, qui sont pourtant ce qui détermine le plus souvent si une séance a lieu ou non.

Enfin, une raison structurelle explique la faible qualité des données : situer correctement une phase du cycle suppose des dosages hormonaux répétés, coûteux et contraignants. Beaucoup d'études s'en sont dispensées en supposant des cycles de 28 jours avec ovulation au milieu, ce qui décrit mal la réalité. Un guide méthodologique publié en 2021 a précisément été écrit pour corriger cela, ce qui en dit long sur l'état du champ jusque-là.

Ce qu'on peut en faire

Les auteurs de la synthèse principale ne recommandent pas de règle générale. Ils recommandent une approche individuelle, fondée sur la réponse propre de chacune.

Concrètement : rien dans ces données ne justifie de renoncer à une séance parce qu'on est à tel moment du cycle, ni de suivre un calendrier d'entraînement calé sur les phases. Si vous vous sentez bien, entraînez-vous. Si vous vous sentez mal, allégez, comme vous le feriez après une mauvaise nuit.

Et si vous observez chez vous un schéma net et répété, il vous appartient : il est simplement à ce jour invérifiable par la littérature, qui n'a pas les moyens de le confirmer ni de l'infirmer à l'échelle individuelle.

Pourquoi cet écart avec ce qu'on lit ailleurs

Il vaut la peine de nommer le mécanisme, parce qu'il se répète sur beaucoup d'autres sujets.

La phrase « des études montrent que la performance varie selon le cycle » est exacte. Des études le montrent effectivement. Ce que la phrase omet, c'est l'ampleur de la variation, et c'est là que tout se joue : six centièmes d'écart-type ne fondent aucun programme.

Un effet réel mais minuscule suffit à faire exister une littérature, des titres, et une offre commerciale. C'est le procédé le plus courant du marché du bien-être, et le plus difficile à repérer, parce qu'il ne repose sur aucun mensonge. Il repose sur un chiffre qu'on ne donne pas.

Il n'y a donc rien à se reprocher si l'on a organisé son entraînement de cette façon. La proposition était cohérente, sérieuse en apparence, et adossée à de vraies publications. Elle promettait simplement beaucoup plus que ce que ces publications contiennent.

Références

  1. McNulty, K. L., Elliott-Sale, K. J., Dolan, E., Swinton, P. A., Ansdell, P., Goodall, S., Thomas, K., & Hicks, K. M. (2020). The Effects of Menstrual Cycle Phase on Exercise Performance in Eumenorrheic Women: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports Medicine, 50(10), 1813-1827. DOI 10.1007/s40279-020-01319-3
  2. Colenso-Semple, L. M., D'Souza, A. C., Elliott-Sale, K. J., & Phillips, S. M. (2023). Current evidence shows no influence of women's menstrual cycle phase on acute strength performance or adaptations to resistance exercise training. Frontiers in Sports and Active Living, 5, 1054542. DOI 10.3389/fspor.2023.1054542
  3. Schlie, J., Krassowski, V., & Schmidt, A. (2025). Effects of Menstrual Cycle Phases on Athletic Performance and Related Physiological Outcomes. A Systematic Review of Studies Using High Methodological Standards. Journal of Applied Physiology. DOI 10.1152/japplphysiol.00223.2025
  4. Elliott-Sale, K. J., Minahan, C. L., de Jonge, X. A. K. J., Ackerman, K. E., Sipilä, S., Constantini, N. W., Lebrun, C. M., & Hackney, A. C. (2021). Methodological Considerations for Studies in Sport and Exercise Science with Women as Participants: A Working Guide for Standards of Practice for Research on Women. Sports Medicine, 51(5), 843-861. DOI 10.1007/s40279-021-01435-8